Il existe plusieurs luxes :
Tout d'abord, le luxe tape-à-l'oeil des nouveaux riches. Ceux-là roulent en grosses berlines allemandes, de préférence décapotables. Ils réservent dans les hôtels connus où vont leurs semblables, et dont ils apprennent l'existence par les articles de VSD. Là, ils estiment que, puisqu'ils payent, ils peuvent tout laisser par terre : le personnel est fait pour ça. Ils commandent ce qu'il y a de plus cher même s'ils n'aiment pas le caviar. Ils vivent en tribu bruyante entre Porto Cervo, Saint-Tropez, Ibiza, Miami, les Bahamas et un certain Marrakech. Le concierge doit, chaque semaine, leur apporter Gala, Voici, VSD, Ola & Co et ne lisent rien d'autre - ou alors un Highsmith par an. Ils portent Rolex, Prada, Gucci, Vuitton : bref, des hommes sandwichs. Leur connaissance du luxe se résume à l'apparence.
Ensuite, sous-catégorie des précédents, le luxe des riches éphémères fait bien souvent de strass et de paillettes et qui finit par s'écrouler avec la fin du succès. Le but : être vu. Intérieurement, ils savent d'ailleurs que pour durer, ils doivent être vus le plus longtemps possible ou, tout du moins, jouer à "je fais semblant de ne pas vouloir être vu et je me cache mais prenez des photos de moi car c'est bon pour ma publicité". J'ai pourtant un certain attachement pour ces gens là car je sais que je ne les reverrai pas.
Point commun de ces deux luxes : l'arrogance et le besoin de reconnaissance.
Or le luxe est tout autre : le luxe est fait de rareté, de changement, de découverte, tout en reposant sur des bases solides. Le vrai luxe est celui de l'exclusivité, de la rareté, du raffinement et du respect absolu et sacro-saint d'autrui. Ce luxe Vieille Europe est rare et vit dans des lieux rares. Il jalouse son carnet d'adresses et n'accepte de le faire connaître que s'il est sûr de la qualité du bénéficiaire. Il sait que les réservations se font d'une année sur l'autre. Il sait les gestes à avoir avec le personnel. Il sait que marque ne rime pas toujours avec bon goût - à quelques discrètes exceptions près. Il sait que nous devons tous mériter notre environnement et non l'inverse ; il est, en quelque sorte, écologique. C'est le luxe des vrais palaces ou de lieux comme les hôtels Aman, c'est le luxe qui s'insère parfaitement dans la population locale à l'image de la vraie noblesse, celle qui sert mais qui n'est pas servie.