Nouvelle année, nouvel élan, constats inchangés : la culture ne doit pas être ouverte au grand public. Les raisons sont multiples mais la première réside dans l’incapacité de la masse à apprécier ce qu’elle voit lors d’une exposition, par exemple. Etayons ces propos : exposition Vienne 1900. Des masses de visiteurs qui ne vont pas voir une exposition mais qui vont la « faire » :
« - Qu’est-ce que tu as fait ce week end ?
- J’ai fait l’expo Klimt, c’était pas mal ; j’aime bien Vienne, on l’a fait aussi…
- Ah, moi, j’ai pas pu la faire… »
Horreur de ce verbe utilisé abusivement mais qui dénote assez bien l’état d’esprit de tous ces gueux. Objectif : parcourir d’un œil maussade des séries de tableaux, lire quelques explications au début, passer à toute vitesse devant les dessins – « bof, c’est gris » – et surtout conserver 25% de son temps dans la librairie pour acheter des cartes postales et une choppe qui permettra de dire : « J’l’ai faite, la preuve... »
Mais ce dont ces gens ne se rendent pas compte c’est qu’ils gênent les vrais amateurs, ceux qui ne se plantent pas devant les tableaux le nez dessus en faisant la queue cimaise après cimaise en se demandant qui peut bien être ce monsieur Schiele avec ces autoportraits si dégoûtants.
De vraies mesures anti-populaires s’imposent :
- Présenter une copie de diplôme attestant que le visiteur a fait des études supérieures ou suivi une école d’art,
- Répondre à un questionnaire de culture générale portant sur les principes fondamentaux de l’homme de goût,
- Justifier de l’abonnement à deux revues minimum parmi une liste pré-définie : Esprit, Commentaires, La Revue des Deux Mondes, The Spectator, The Atlantic, Opéra International, Le Monde de la Musique, Diapason, L’Histoire, Le Débat, TLS,
- Montrer sa carte de membre de trois musées consacrés aux Beaux-Arts au minimum,
- Prouver que l’on a visité trois capitales culturelles dans l’année précédente, vu trois opéras sur l’une des grandes scènes européennes ou nord-américaines et assisté à trois pièces de théâtre dont une obligatoire à la Comédie française ou à l’Odéon (théâtre de boulevard, pièce de Laurent Ruquier sont rédhibitoires et le candidat est alors exclu à vie).
Enfin, seules 500 personnes peuvent visiter les grandes expositions pas jour, uniquement sur rendez-vous.
Pour les musées, seuls les membres doivent pouvoir entrer.
Et alors, enfin, nous pourrons savourer de nouveau.
Je reviendrai vraisemblablement sur d'autres zones de privilège à rétablir de façon urgente dans un proche avenir.