Une petite série sur l’applaudissement. Très difficile l’applaudissement. En fait, avant toute entrée dans une salle de spectacle, chaque spectateur devrait apprendre à utiliser l’applaudissement à bon escient. D’ailleurs, je suggère à Nadine d’ajouter une séance sur ce point dans ses cours de bonnes manières.
Je vais commencer par la pire espèce : le clappeur. Le mot n’existe pas mais la mode est au néologisme… Je hais les clappeurs. Je hais ces gens qui, tels des chiens pavlovinisés, vont au spectacle pour taper dans leur main avec la musique. La musique arrive, le rythme binaire se fait entendre et hop : clap, clap, clap. Comme à la télé. Le clappeur d’ailleurs vient au spectacle pour être comme à la télé. J’imagine que, chez lui, dans son fauteuil, il s’organise des claps-claps – pas pratique pourtant avec son plateau repas.
Cette mode est vulgaire. D’autant que le clappeur clappe faux. Il fait des clap mous, des claps flasques. Rien à voir avec le clap du danseur flamenco, du danseur africain ou celui de Gene Kelly, Debbie Reynolds et Donald O’Connor.

Surtout, vous aurez noté que le clappeur est systématiquement un nul en rythme. Sa capacité à swinguer est souvent la même que celle de Nicoletta. Le clappeur a une conception très personnelle du temps qu’il fait toujours tomber avant ou après les pauvres artistes qui rament, en scène, pour oublier ce vacarme ridicule.
Car le clappeur est bruyant : non seulement il est hors du rythme mais en plus il le montre avec grand bruit jusqu’à couvrir les artistes.
Et c’est aussi un méchant : le clappeur n’aime pas le non clappeur – qui le lui rend bien. « Tu clappes pas toi. T’es pas drôle. Allez clappe avec nous… D’ailleurs, Johnny, il a dit de clapper [si tant est que je n’aille jamais à un concert de Johnny]. » En effet, un nombre croissant d’artistes propose au public de clapper. Ces artistes sont fous car ils auront toutes les peines du monde à arrêter les malades qui clappotent.
Demain, le clap-clap de type américain et son ami le you-you/yeah-yeah.
Sus au clap.
je me souviens du temps où Lombard était chef d'orchestre à l'ONBA (Bordeaux). Si une certaine personne (un médecin) se levait pour applaudir c'est que le morceau était rudement bien interprété. On pouvait alors applaudir... Ah les codes de la bourgeoisie bordelaise... ça fait au moins quelque chose à raconter.
Rédigé par: benito | janvier 12, 2007 à 10:22 PM
Certes le clapisme est une des pires choses que l'on puisse rencontrer dans une salle de spectacle mais cela peut être l'occasion de travailler soi-même son sens de la pulsation musicale en clapant à contretemps. Pour pratiquer cette activité, il faut être d'une dextérité redoutable car le public moyen - sans même parler de swinguer, y compris comme Nicoletta - ne parvient même pas à suivre un bête métronome...
Malgré toutes ces difficultés, si l'on arrive à claper en contretemps strict on peut ensuite s'essayer au contretemps sur tiers de temps, sur 2/3 de temps, etc... !!!
Et là de jubiler au regard de l'idiot assis sur le siège à côté qui ne comprends pas pourquoi vous ne clapez pas en cadence.
"Passer pour un idiot aux yeux d'un imbécile est un plaisir de fin gourmet".
Rédigé par: Arsene | janvier 30, 2007 à 04:17 PM