Le 19 avril 2006 – Opéra Garnier
Quels délices… Un grand moment d’opéra que cette superbe et géniale production de Platée de Rameau.
Il s’agit d’une reprise qui devrait être inscrite au patrimoine mondial de l’opéra. Marc Minkowski et ses musiciens (que nous remercions de rester aux applaudissements contrairement aux fonctionnaires de l’orchestre de l’Opéra), Laurent Pelly, Chantal Thomas, Joël Adam et Laura Scozzi ont fait un travail remarquable à partir d’une œuvre qui n’est pas un chef d’œuvre en soi. De ce travail ressort une fantastique progression : le tableau devient dynamique et fait avancer l’histoire (sans rester dans un statisme pseudo moderne). Surtout, nous assistons là à un formidable travail d’harmonie : il n’y a aucune fausse note dans cette production tant la mise en scène, les décors, les costumes, la chorégraphie, les lumières, les chanteurs et les danseurs vont de paire avec la musique de Rameau. Car il ressort bien un vrai respect de la partition et de l’œuvre écrite par Rameau.
Nous assistons en fait à une merveille d’intelligence en matière d’interprétation et d’appropriation d’une œuvre par de vrais créateurs qui jamais ne sont en mal d’inspiration. La partition est délicieusement lue par Marc Minkowsky qui, avec son orchestre, sait en faire ressortir tous les trésors sans les souligner de façon trop visible. De même, jamais l’orchestre n’est déphasé avec les chanteurs : un véritable dialogue s’instaure qui complète l’ensemble. L’air de la Folie, qui associe l’orchestre, le plateau et le chef est parfaitement souligné comme un élément presque factice qui sort de la séparation fosse/plateau. Et ce que marthaler ne savait pas faire, Laurent Pelly et Marc Minkowsky le réussissent à merveille.
Quelques mots sur la chorégraphie : délicieuse d’ironie. Là encore, ce type d’opéra était construit comme un divertissement durant lequel la danse laissait place à l’innovation. Laura Scozzi le comprend bien et sait demander tout ce qu’il faut de modernité à ses danseurs.
Le plateau : fantastique. Un signe : tous les chanteurs peuvent être compris sans regarder les sur-titres. Yann Beuron, François Lis ou Franck Leguérinel, campent un bel univers de dieux et demi-dieux ridicules et prétentieux portant haut leur verbe. Le numéro de Mireille Delunsch, si la voix n’est pas toujours parfaite, n’en reste pas moins une tempête sur scène qui emporte tout sur son passage Et quel bonheur d’entendre Fouchécourt nous offrant cette Platée pitoyable mais si touchante à l’issue de la représentation. Seule Doris Lamprecht mériterait de retravailler un petit peu son rôle afin d’être un moins en retrait face à l’investissement de ses comparses.
Bref, ne touchez à rien et montrez-nous cela souvent (j’en connais qui ont pris des places pour toutes les représentations).
Minkowski a finalement, et tout bêtement, une véritable musicalité avec une dose parfaitement dosée de nervosité pour révéler toutes les finesses des oeuvres qu'il dirige. Offenbach lui doit également une fière chandelle. Le duo Minkowski / Pelly y est également redoutable : c'est jubilatoire, bon enfant parce qu'aussi... parfait musicalement et la scénographie est complètement dans le rythme imprimé et l'esprit premier de l'oeuvre. Yann Beuron est LA valeur sûre des rôles de ténor car, l'air de rien, il a un phrasé impeccable, parfaitement articulé. Quant à Leguérinel, quel phénomène ! En Baron Puck dans la Grande-Duchesse de Gérolstein, il est hilarant, complètement anachronique, à fond dans le second degré avec une présence sur scène remarquable...
Sur Rameau, Minkowski apporte fraîcheur, décrispation tout en respectant parfaitement le texte. Cela change d'un W. Christie avec sa raideur et sa rhétorique pseudo-aristocratiques insoutenables quand on parle de "Lyrique"... (voir note du Poisson Rêveur sur la prise en tenailles d'Idoménée en version concert au TCE le 15/09 - journal d'un strapontin).
Rédigé par: Le poisson rêveur (Philippe D) | 29 septembre 2006 à 10:37
Merci à notre Poisson Rêveur dont le bog est passionnant.
Rédigé par: Operanight | 26 octobre 2006 à 14:00