20 octobre 2006 – Théâtre du Châtelet
Mais quel ennui ! Quel ennui que ce spectacle terriblement daté.
La mise en scène, tout d’abord, qui s’appuie sur un décor créé par des images projetées sur un écran à trois étages derrière les comédiens. Le principe est intéressant mais il lasse très vite tant il confine à l’anecdote et à la répétition. Le paon faisant la roue, les buis se déployant, les têtes se transformant en serpent ne vous sont pas servies une ou deux fois mais des centaines de fois. Dommage en fait car certaines idées sont belles mais leur surexploitation devient pénible
Sur scène, les danseurs montrent certes un certain talent mais ces danses sont terriblement répétitives. Une fois que vous aurez compris que l’équipe de mise en scène et de chorégraphie a voulu souligner chaque chanteur par un danseur de hip-hop ou de breakdance, vous êtes assuré que cela vous sera resservi là aussi des centaines de fois. Quant aux danseurs classiques, nous dirons que le niveau n’est pas complètement digne d’une scène comme celle du Châtelet.
Les costumes vous projettent au mieux dans un défilé de Jean-Paul Goude, au pire dans une pub Benetton. En tout cas, vous vivez un revival complet des années 80 dans tout ce que leur amour de la couleur criarde pouvait avoir d’insupportable. Que tout cela est profondément vilain. Bien sûr, la lumière est à l’avenant pour souligner le criard.
Et pour couronner le tout, il faut ajouter les inévitables nus. C’est très à la mode chez les modeux, les pubeux, les pseudo avant-gardistes. Il faut mettre du nu pour choquer le bourgeois. Or à force de mettre du nu à toutes les sauces, on en devient ringard. Le bourgeois n’est plus choqué mais simplement attristé devant quelque chose d’aussi convenu. Nos pubeux doivent s’amuser de tout cela mais ça sent aussi frais que le studio d’un soixante-huitard un dimanche matin. En fait, j’attendais l’arrivée de échelles, des tubes néons et des échafaudages qui constituent le corpus du parfait petit metteur en scène/décorateur à la mode.
Globalement, nous assistons à un ensemble frénétique et épuisant qui n’a ni queue ni tête : beaucoup d’agitation pour rien.
Alors devant tant d’agitation, de répétition et de couleurs agressives, Rameau succombe. Rameau succombe déjà par les petits bruits stridents et agaçants des sneakers de nos danseurs qui ponctuent leurs gesticulations saccadées de grincement difficilement supportables à l’oreille du mélomane. D’une façon générale, tous ces danseurs ne connaissent pas vraiment la légèreté du déplacement : aux petits bruits stridents viennent s’ajouter de sourds sons de pas lourds. Mais cette chute est d’autant plus aisée que nous ne sommes vraiment pas en présence d’un chef d’œuvre. Un argument indigent et une partition qui, si elle reste belle, aurait mérité de sombres coupes.
William Christie se débat tant qu’il peut. D’ailleurs, les seuls moments de plaisir de cette éreintante soirée furent ceux durant lesquels je fermais les yeux pour écouter. Malheureusement, la distribution pose un sérieux problème. Premier problème, l’incapacité à articuler de ces chanteurs. Et comme le Châtelet a décidé de ne plus mettre de surtitres, nous ne comprenons strictement rien au texte. Second problème : les voix ou plutôt l’absence de voix à l’exception de Sandrine Piau et de Stéphanie d’Oustrac. Pour le reste, une catastrophe complète à fortiori ce soir où Lehtipuu déclarait forfait : son remplaçant dont je refuse de citer le nom est parfaitement inaudible, son phrasé est absent ou chaotique et sa voix terriblement fausse. D’une manière générale, ces chanteurs avaient oublié de savoir chanter ; ils se contentaient de gesticuler avec leurs acolytes breakdancers. Un exception notable : le portugais Joao Fernandez qui campe un Orcan de luxe et permet une compréhension impeccable de son français.
A fuir.
je suis consterné en vous lisant ; trop de culture parfois cela perturbe l'entendement ; vous êtes passé à coté du miracle de cette mise en scène ; peut être ne connaissez vous pas la compagnie Montalvo ? mais je partage avec vous l'impression mitigée sur Christie , comme pour les Boréades et tous les Rameaux ; ici pour une fois la musique est au second plan ; et la chorégraphie digne ; tout ce qui est excessif reproduit en fait l'impression que faisait cette musique à l'époque !
j'aime les mises en scène engagées qui vont au bout de leur idée !
amicalement / a desmet
Rédigé par: desmet | 11 mai 2007 à 12:29